Examen Normalisé Régional de la langue française. :
1ère Année du cycle du Baccalauréat.
-Académie Souss Massa Drâa..
-Toutes les sections.
Texte de départ
Il est dix heures.
Ô ma pauvre petite fille ! Encore six heures, et je serai mort ! Je serai quelque chose d’immonde qui traînera sur la table froide des amphithéâtres1 ; une tête qu’on moulera d’un côté, un tronc qu’on disséquera de l’autre ; puis de ce qui restera, on en mettra plein une bière2, et le tout ira à Clamart.
Voilà ce qu’ils vont faire de ton père, ces hommes dont aucun ne me hait, qui tous me plaignent et tous pourraient me sauver. Ils vont me tuer. Comprends-tu cela, Marie ? Me tuer de sang-froid, en cérémonie, pour le bien de la chose ! Ah ! Grand Dieu !
Pauvre petite ! Ton père qui t’aimait tant, ton père qui baisait ton petit cou blanc et parfumé, qui passait la main sans cesse dans les boucles de tes cheveux comme sur de la soie, qui prenait ton joli visage rond dans sa main, qui te faisait sauter sur ses genoux, et le soir joignait tes deux petites mains pour prier Dieu !
Qui est-ce qui te fera tout cela maintenant ? Qui est-ce qui t’aimera ? Tous les enfants de ton âge auront des pères, excepté toi. Comment te déshabitueras-tu, mon enfant, du Jour de l’An, des étrennes, des beaux joujoux, des bonbons et des baisers ? – Comment te déshabitueras-tu, malheureuse orpheline, de boire et de manger ?
Oh ! Si ces jurés l’avaient vue, au moins, ma jolie petite Marie ! Ils auraient compris qu’il ne faut pas tuer le père d’un enfant de trois ans.
Et quand elle sera grande, si elle va jusque-là, que deviendra-t-elle ? Son père sera un des souvenirs du peuple de Paris. Elle rougira de moi et de mon nom ; elle sera méprisée, repoussée, vile à cause de moi, de moi qui l’aime de toutes les tendresses de mon cœur. Ô ma petite Marie bien-aimée ! Est-il bien vrai que tu auras honte et horreur de moi ?
Misérable ! Quel crime j’ai commis, et quel crime je fais commettre à la société !
VICTOR HUGO, Le Dernier Jour d’un condamné,
(Folio classique, pp101-102).
*Compréhension : (10 pts)
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| Production Écrite :
L’enfance évoque pour certains un bon souvenir et pour d’autres une triste période. A la quelle des deux catégories(enfance heureuse/ enfance malheureuse) appartenez- vous ? |
10 pts |
Correction de l’examen régional
-Matière : la langue française.
-Niveau : 1ière année du bac.
-Académie de Souss Massa Drâa.
Compréhension de l’écrit :
1-Après son jugement le narrateur attend son exécution dans son cachot (cellule), il tombe dans une rêverie où il évoque le sort de sa fille…
2- a- Le narrateur c’est un condamné à mort…le père d’une petite fille.
b- justifications (parmi autres) : « je serai mort ! » – « ils vont me tuer » – « …il ne faut pas tuer le père d’un enfant de trois ans »…
3- – l’indicateur de chronologie « il est dix heures ».
- le « je »
4- a- le narrateur se décrit au début du texte comme une dépouille, il a perdu son caractère humain et revêt un autre d’une chose « je serai quelque chose d’immonde». Il anticipe sur la façon dont il sera torturé…il évoque la barbarie que cause la peine de mort « une tête qu’on moulera d’un côté, un tronc qu’on disséquera de l’autre ».
b- Il cherche à toucher le lecteur pour l’amener à partager sa thèse. (Effetpathétique).
5- Il évoque son passée avec nostalgie, son passé est plein de bonheur à côté de sa fille.
6- a- l’amour : entre autres (t’aimait- bisait- passait la main dans les boucles de tes
cheveux- t’aimera- bien-aimée…)
b- la mort : entre autres (disséquera- bière- tuer- mort…)
7- a- Le narrateur s’adresse dans ce texte à sa fille et à travers elle à toute la société.
b- abolition de la peine de mort ; sa fille n’est qu’un argument de plus à la faveur de sa thèse « … il ne faut pas tuer le père d’un enfant de trois ans ». « Quel crime je fais commettre à la société».
8- le texte a une visée argumentative : c’est un plaidoyer contre la peine de mort.
Production de l’écrit :
Lors de la production l’élève doit prendre en considération les éléments suivants :
- Etre conforme au sujet (ne pas tomber dans le hors-sujet et parler de l’enfance en général…).
- Présenter son texte en cohérence et en cohésion.
- Chercher des idées originales et riches.
- Soigner et corriger sa langue d’écriture.
- Du pittoresque exotique colonial à l’affirmation de soi ou l’expression de l’identité
Pendant à peu près 4 décennies – de 1912, date où le Maroc entre sous le protectorat français, jusqu’au 1937 date de publication des premières œuvres de Sefrioui –la littérature marocaine demeure « exclusivement française sur le Maroc » *(Marc Gontard) le roman marocain d’expression française est le prolongement de cette littérature dite littérature coloniale ou ethnographique* *.
Ahmed Sefrioui est un auteur qui appartient à la première génération d’écrivains marocains éduqués dans l’école instaurée par le protectorat qui ont choisi « la langue de l’occupant » pour exprimer leur intimité et donner « de la réalité socioculturelle une vision de l’intérieur, en opposition avec les représentations mythiques et idéologiques des écrivains français. » OpCite. Mais ces auteurs ne pourront pas s’affranchir de l’héritage exotique et pittoresque de leurs maîtres (parfois leur professeurs dans le cas de Sefrioui) *** .Il adopteront un style et une technique d’écriture qui laissent entendre que leurs œuvres sont destinées à un lectorat étranger plutôt que marocain.
Dans le cas La Boite à Merveilles, les premières critiques y ont vu, en plus de ce caractère « ethnographique», un manque, voire une absence d’engagement vis-à-vis de l’occupant et de tout ce qui se passait dans le pays. Le lecteur est plongé dans une sorte d’ »autofiction« **** où la réalité se meut avec la rêverie qui rapproche plus cette œuvre d’un roman que d’une autobiographie.
A cause de cette position et ce choix d’écriture certains ont est perçu dans l’œuvre de Sefrioui en plus de l’exotisme une certaine aliénation (tout processus par lequel l’être humain est rendu comme étranger à lui-même; «dictionnaire le Robert); d’autres au contraire ont estimé que l’absence manifeste du colon dans le récit est une façon biaisée d’ignorer l’ »Autre «avec beaucoup de mépris. En fin dans un élan de réhabilitation de cet écrivain certains spécialistes dela littérature marocaine d’expression française n’hésitent pas à dire que l’intégration de « l’oralité » et des expressions culturelles populaires est méthode savante de combattre l’ethnocentrisme et l’égocentrisme de l’européen qui considérait cette forme de culture comme du folklore ou de la « sous culture. »
L’exotisme de la littérature coloniale a rendu inéluctable l’apparition d’une production nationale de langue française. Ces écrivains, désireux de présenter leur vision de leur propre société, ont d’abord produit des œuvres destinées au public français, seul susceptible de lire alors leurs écrits. Le premier roman est celui d’Abdelkader Chatt (1932) : Mosaïques ternies. Viennent ensuite les textes plus connus d’Ahmed Sefrioui. Une place particulière doit être faite à Driss Chraïbi, qui avec Le passé simple inscrit la littérature marocaine dans la modernité.
Voir les principales autobiographies écrites en langue française au Maroc au glossaire ou consulter « L’incroyable fortune d’un genre sans racines : esquisse d’une problématique de l’autobiographie de langue française au Maroc » d’après Annie Devergnas – Dieumegard in Mots Pluriels no 23. Mars 2003.http://www.arts.uwa.edu.au/MotsPluriels/MP2303add.html
« L’affirmation dans le texte de cette identité, renvoyant en dernier ressort au nom de l’auteur sur la couverture. Philippe Lejeune, « Autobiographie et poésie », p. 45.
C’est pourquoi certains critiques estiment que Jean Jacques Rousseau fut le pionnier de l’autobiographie
Avec l’apparition de nouvelles œuvres qui ne répondaient pas souvent à ses conditions, jugés trop étriqués, la définition de Philippe Lejeune était obligée d’évoluer.
[5] Nathalie Sarraute, Enfance, Gallimard, coll. » Folio », 1983, p. 7.
« Michel Leiris «restituer au moyen des mots certains états intenses, concrètement éprouvés et devenus signifiants, d’être ainsi mis en mots »
Ce dialogue mime une discussion entre elle et son double, sa conscience.
Voir la bibliographie de l’auteur en fin de l’ouvrage
La ville de Fès, capitale spirituelle du royaume et patrimoine universel, est omniprésente dans la majorité des écrits d’Ahmed Sefrioui. Dans la boite à merveilles le lecteur suit le regard du jeune « Mohammed »;un enfant âgé de 6 ans qui lui fait découvrir le quotidien d’une famille qui occupe une chambre avec d’autres colocataires dans la maison d’une voyante de grande renommée.
Au gré de jeux de ce gamin, de ses déplacements dans les ruelles le lecteur découvre Fès, ses souks et ses fondouks, ses marabouts et ses mausolées, ses fêtes et ses rites, ses senteurs et ses arômes, ses écoles et ses « fqihs » ses artisans et leurs apprentis, ses porteurs et leurs bêtes…. Le guide est un môme, grand rêveur, il est le fils unique d’une famille dont le père trime et sue pour le bonheur de son petit foyer. Une petite famille qui baigne dans une atmosphère idyllique. Elle ne manque de rien jusqu’au jour où le « mâalem » Abdsellam perd les frais de roulement de son atelier et toutes ses économies en allant acheter, au souk, des bracelets pour sa femme Zoubida. Cet événement va bouleverser le train de vie de cette petite famille habituée au partage et au commérage avec les autres occupants de la grande maison: le père va être obligé de quitter Fès pour aller travailler (temporairement) comme moissonneur.
Sur l’intrigue principale et personnelle viennent se greffer une série de petites histoires anecdotiques dont la principale est celle de Lalla Aicha (une amie de la maman du narrateur) qui voit son mari perdre son atelier avant qu’il ne puisse rebâtir un autre grâce à ses bijoux et ses économies. Mais cette pauvre femme dévote sera sur le point de » perdre son Moulay Larbi, qui faute de descendance, épouse une jeune fille. Celle-ci lui montre les méfaits des mariages arrangés d’alors.
L’Autobiographie
Par El Alami Mohamed & Darif Abdelhak
- Notions générales.
L’instauration de « l’autobiographie » au programme du baccalauréat marocain se justifie par l’immense intérêt accordé à ce genre d’écriture dernièrement. Le XX ème siècle a vu fleurir de nombreux ouvrages autobiographiques, poussés tantôt par la recherche de soi sous l’influence de la psychanalyse et tantôt par la nécessité de témoigner d’une expérience vécue, particulièrement lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette écriture autobiographique a el et bien, vu le jour des siècles pus tôt avec les Confessions de Saint Augustin, rédigées entre 397 et 401, un modèle, très largement publié, qui va inspirer de nombreux autres pénitents comme sainte Thérèse d’Avila et son Livre de ma vie au XVIe siècle. Nous ne devons pas oublier ni les confessions de J.J .Rousseau au XVIIIe ; ni les Essais de Michel de Montaigne au XVIe siècle. En ce qui concerne la littérature marocaine et celle dite d’expression française ou francophone le goût pour l’écriture de l’intime s’exprima dès les premières parutions : Sefrioui Ahmed dont le roman » La boite à merveilles « est au programme cette année, fut le pionnier de ces écrivains à publier ce qu’il présente comme son autobiographie ; Une initiative qui sera suivi par d’autres écrivains
C’est quoi une autobiographie au juste ?
Vu la très grande diversité des textes autobiographiques, (Les mémoires, le roman autobiographique, le journal, le témoignage, l’autoportrait et l’essai,) et comme les écrits autobiographiques recouvrent des réalités différentes sur le plan du contenu, du mode de narration ou de l’objectif poursuivi par leurs auteurs, il est souvent difficile de décider du genre d’un écrit. Le »je » seul comme instance narrative ne fait pas l’autobiographie, si l’on sait que l’énonciation peut varier d’un récit autobiographique à l’autre et par conséquence, les critères du genre sont donc à chercher ailleurs
Définition: Les contraintes du genre
Étymologiquement, l’autobiographie est le récit que l’on fait soi-même de sa propre vie. Le terme en soi est attesté en Anglais en 1809 comme « Autobiography ». Cependant » l » écriture de soi « , ne recevra réellement ses premiers outils d’analyses théoriques et critiques qu’avec Le Pacte autobiographique de Philippe Lejeune en1975, où il propose pour ce genre littéraire une définition plus restrictive: « … récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité « .
Dans ce cas, parler d’une forme d’écriture tardive serait commettre une erreur, car nous occulterons tant d’œuvres qui ont permis à leurs auteurs de parler d’eux avant cette date (1975); dans l’autre cas, les notions fondamentales telles que « auteur » « narrateur » « personnage », qui définissent le genre, n’avaient jamais eu la même signification selon les époques.
D’ailleurs de la définition de Philipe Lejeune on peut dégager quatre contraintes, qui demandent à être nuancées :
Une autobiographie est un récit en prose Il s’agit d’une contrainte formelle l’autobiographie peut mettre en œuvre des discours différents: narratif, descriptif argumentatif. l’auteur estime qu’il doit démonter ou se justifier expliquer ou convaincre le lecteur de sa bonne foi .Ce lecteur qu’il prend à la fois pour complice, juge e témoin de ses actions ou sentiments passés.
Rétrospectif Une contrainte en relation avec le mode de narration.
Le récit suit généralement un ordre chronologique. Cette condition suppose que l’auteur recompose ou reconstruit sa vie en lui confèrent un sens .Elle suppose aussi fasse preuve d’une synthèse du » MOI » et de » l’histoire » de sa personnalité. L’Autobiographe peut quand bien même des ellipses en passant sou silence des étapes de son passé narré ou au contraire privilégier et mettre en exergue une tranche ou une période de cette vie qu’il tente de faire partager.
qui traite d’un sujet qui a trait, à l’histoire d’une personnalité Une contrainte thématique Raconter son enfance en particulier
l’auteur (dont le nom renvoie à une personne réelle) est narrateur et personnage principal .le moi domine : les événements sont vus à travers lui Une contrainte énonciative Même s’il y a identité entre les trois instances énonciatives (auteur =narrateur) ;(narrateur= personnage) le « je » narrant se dédouble en quelques sorte puisqu’il puisse plonger dans son propre passé à la recherche d’une parcelle de son » moi « .cette parcelle de son enfance ou de son adolescence peut être évoquée avec nostalgie ou sans indulgence selon le but que l’auteur se fixe avant même le d’entamer ce retour. Certaines œuvres mettent en scène le » tu » Nathalie Sarraute ou le » il » Michel Leiris
Ces critères assez stricts permettant de classer et de catégoriser des formes d’écritures supposent qu’il existe des frontières étanches entres ses différentes modes ou formes d’expression, cependant dans le cas des écritures autobiographiques ces frontières sont extrêmement théoriques et si poreuses qu’il a des degrés intermédiaires et qu’il y a si peu d’autobiographies « pures». et quand l’un d’eux n’est plus respecté, un autre genre autobiographique apparaît.
- Le contrat de lecture d’une autobiographie dit le pacte autobiographique
Un récit n’est effectivement considéré comme une autobiographie quand il y a identification, ensemble ou séparément, des trois instances : l’auteur, le narrateur et le personnage. Le fait que les informations biographiques soient véridiques ne suffit pas : il faut qu’à face à l’engagement de « l’auteur-narrateur-personnage » de dire que la vérité, et être honnête et sincère en ce qui concerne sa vie, le lecteur devrait lui accorder sa confiance.
Mais la grande question qui s’impose c’est : »comment percevoir cette fusion des trois instances énonciatives? »
Elle peut s’établir de deux façons :
• Par l’emploi d’un titre sans ambiguïté comme » autobiographie » ou » histoire de ma vie » ou par un engagement de l’auteur auprès du lecteur, au début du texte à l’incipit.
• Elle peut se trouver instituée de manière : le narrateur personnage porte le nom de l’auteur, sans que cette dénomination soit nécessairement fréquente dans l’œuvre.
Pour qu’il y ait pacte, il est donc indispensable qu’il y ait au moins l’une de ces deux manières d’identifier auteur, narrateur et personnage.
- Le pacte référentiel
Comme tout texte référentiel, Le but d’une autobiographie n’est pas de créer » l’effet de réel » comme dans le roman mais de dire le vrai. C’est-à-dire rapporter des informations qui peuvent se soumettre à l’épreuve d’une vérification.
D’après ce » pacte référentiel l’auteur qui le plus souvent ne s’engage pas solennellement de ne dire que la vérité (puisqu’il n’est pas devant un juge), annonce qu’il donnera la vérité telle qu’elle lui apparaît, telle qu’il la connaît « Cette vérité » de l’auteur ne pourrait, en aucun cas, nuire à la faillibilité et la sincérité de celui-ci car elle peut se justifier par les problèmes de mémoire auxquels tout un chacun est confronté une fois il veut se plonger dans le passé pour le raconter.
Pourquoi ce retour sur le passé?
L’enfance considérée comme la période des faiblesses des perversions et d’apprentissages intense, doit donc occuper une place significative dans l’évolution de l’homme, dans la mesure où elle contribue à orienter la vie de tout adulte que devient l’individu. Cependant, malgré cette condition, on doit distinguer autobiographie et souvenirs d’enfance, ces derniers ne portant d’habitude que sur une partie de la vie d’un auteur.
Force est de constater que depuis l’apparition des Confessions de Rousseau, les auteurs ne trouvent plus de honte à parler de leur ego, de rapporter leurs souvenirs, alors qu’auparavant les mémoires les autoportraits étaient des occasions ou le « moi » était plutôt un prétexte pour parler de son environnement et de son époque : depuis le XVIIIe sicle, le moi n’est plus haïssable. L’individu s’affirme au détriment du groupe ou de la communauté. Le « je «historique » cède le terrain au « je » individuel
XXe siècle renouvellement du genre autobiographique
Au XXe siècle, l’on assiste à un renouvellement formel de l’autobiographie traditionnelle qui doit s’adapter aux nouvelles problématiques d’identité soulevées par la psychanalyse : la connaissance de soi est d une certitude illusoire. Freud et d’autres psychanalystes réussiront à éclairer beaucoup de zones d’ombre de l’enfance (la sexualité, les complexes, les rêves…).Toutes ces découvertes mettront en évidence l’autocensure et l’impossibilité d’être sincère quelque soit le désir d’honnêteté de chaque autobiographe.
Désormais, Le recours à la fiction et au romanesque pour raconter sa vie est de mise dans la littérature ou l’écriture de l’intime. Quant aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale, elles ont participé aussi dans la remise en question des formes traditionnelles de L’Autobiographie. Serait-on capable de rapporter des souffrances et des maux qui ont dépassé le cadre individuel ? Dans ce contexte, oser écrire une autobiographie serait une insulte et une injure à toute cette humanité qui a beaucoup souffert des affres du nazisme ou du fascisme.
L’autobiographie telle qu’elle a été imaginée avant le XX ème siècle devient trop étriquée: les auteurs modernes (Nathalie Sarraute) trouvent « l’entreprise » d » Évoquer (ses) souvenirs d’enfance » (…) un acte «convenu et stéréotypé »
Alors, pour se dire, se raconter et faire partager leurs expériences les auteurs de la deuxième moitié du XXe siècle inventeront de nouvelles formes de langage, parfois poétique (Michel Leiris), parfois dialogique (Nathalie Sarraute)
Une question légitime.
- « La Boite à Merveille » : première autobiographie Littérature marocaine d’expression française?
En dépit de tous ces éclaircissements, de nombreuses œuvres manifestement autobiographiques ne posant aucun pacte ou se déclarant appartenir à un genre fictionnel, restent indéterminés.
Dans le cas de « la boite à merveille « , les événements sont rapportés à la 1ère personne; mais à aucun moment ce pronom ne s’identifie explicitement à l’individu de l’auteur qui s’appelle Sefrioui et se prénomme Ahmed alors que le personnage principal de l’intrigue s’appelle sidi Mohamed fils de Zoubida et du mâalem Abdessalem le tisserand.
Dès la page de couverture l’auteur se plait à brouiller les pistes en qualifiant son œuvre de » roman». Le lecteur est obligé de vérifier si le côté anecdotique dans l’œuvre correspond aux éléments biographiques de l’auteur, pour décider du genre de ce récit.
- Qui est Sefrioui
Écrivain marocain qu’on a tendance à considérer comme le pionnier de la littérature marocaine d’expression française. Il est né à Fès, en 1915, de parents berbères.
Le parcours de cet écrivain est celui de ces petits marocains scolarisés sous le protectorat : l’école coranique est un passage obligatoire pour tout élève avant que celui-ci n’accède aux écoles du colon (dites écoles de fils de notables ou d’indigènes)
Dans ces établissements, Il y acquit la langue française, et aura comme professeur l’un des auteurs français progressistes François Bonjean qui lui préface son premier livre et pour qui l’auteur de la boite à merveilles, écrivit à son tour la préface d’une réédition marocaine de Bonjean en 1968..Il signe son nom, en 1949,en recevant le grand prix littéraire du Maroc pour son premier livre » Le Chapelet d’Ambre ».
Mais auparavant, il aura fait ses preuves de journaliste dans l’organe « l’action du peuple », avant d’être nommé conservateur au musée d’« Al Batha » qu’il va fonder à Fès, ou d’occuper quelques hauts postes administratifs: d’abord aux services des Arts et Métiers de sa ville natale, puis à partir de 1938 au sein des ministères de la culture, de l’éducation nationale ou à la direction du tourisme à la capitale Rabat.
Ahmed Sefrioui va nous quitter en mars 2004 après nous avoir légué une œuvre littéraire riche et variée qui sera rééditée ou traduite dans d’autres langues .
1° Année Bac
LE FERREMENT DES FORÇATS par Catherine Alvarez
C’est cette scène qui fait la peinture la plus terrible et la plus pathétique des mœurs de Bicêtre « J’ai vu, ces jours passés, une chose hideuse ».
I Théâtralité de la scène : structure dramatique
La scène du ferrement est offerte au condamné par le guichetier, qui la lui promet comme un spectacle puissant ; Pour cela, notre héros est transféré dans une cellule qui fait fonction de « loge ». Tous les prisonniers sont aux fenêtres, comme des spectateurs. Au moment où midi sonne (comme au théâtre les trois coups), la chiourme fait son entrée dans la cour. Cette cour est dépeinte comme un décor de théâtre avec ses accessoires : grilles, bancs de pierre, fond de scène constitué par les murs de Bicêtre, chaînes…Dans la Troupe des forçats se distinguent les grands noms du bagne, à la manière des héros d’un drame. Filant la métaphore, le condamné précise que le spectacle se déroule « en trois actes » : visite des médecins, visite des geôliers, ferrage.
Spectacle à la fois tragique et grotesque, qui représente une torture infernale. Dans le renversement final, le condamné se retrouve lui-même objet de spectacle pour la foule des forçats qui hurle son nom. Il comprend soudain qu’il est lui-même acteur dans ce « spectacle étrange » « Oui, leur camarade ! etc.». Cette scène, excroissance du récit n’est donc pas une simple digression mais une répétition générale qui préfigure le transfert de la Conciergerie à la Grève.
II Le Jeu des registres comique et pathétique au service de la dénonciation du bagne
Cette scène constitue dans l’ouvrage la peinture la plus terrible et la plus pathétique des mœurs de Bicêtre.
A Bicêtre on regroupait les détenus en instance de transfert pour les bagnes de Brest et de Toulon. Durant le voyage vers les bagnes, les forçats étaient attachés les uns aux autres par une chaîne. Le spectacle de la chaîne était toujours très couru, et pouvait attirer des dizaines de milliers de personnes. Victor Hugo a été lui-même témoin du ferrement.
Le rituel décrit est traversé par les sentiments éprouvés par le condamné face à l’inquiétante étrangeté de la scène : « hideuse » sur le plan de l’action et hideuse sur le plan moral.
L’entrée des forçats est un Carnaval macabre, « fête de famille » saluée par des tonnerres d’ovations : redoublement de joie, acclamations, applaudissements, transports d’enthousiasme, rages de battements de mains, cris de joie, échange de gaietés. Loin de présenter une mine abattue face à la société qui les condamne, les prisonniers la bravent : « le crime la narguait en face ». Victor Hugo dénonce ici la dépravation profonde liée aux conditions d’incarcération et à l’institution du bagne : loin de réformer le criminel, on produit des monstres asociaux et immoraux.
La procédure du ferrement déshumanise en effet ces créatures alignées comme du bétail près d’un compagnon d’infortune « donné par le hasard de sa lettre initiale », dénudées sous la pluie et le froid, rivées à des colliers « moment affreux où les plus hardis pâlissent ». Quoi d’étonnant si un tel traitement ne réveille en eux que la rage et les bravades ? La danse macabre « image du sabbat » où se mêlent plaintes, rires et furies est définitivement infernale :
L’assaut final de ces démons vers la fenêtre de la loge du condamné découvert le démontre encore, en provoquant l’évanouissement de notre personnage épouvanté.
Conclusion
Ainsi, ce chapitre démontre que l’intention de Victor Hugo ne se borne pas à dénoncer la peine capitale dans Le Dernier Jour, mais élargit le procès à l’ensemble du système pénitentiaire de son époque. Le spectacle de la chaîne est dénué de toute capacité à « faire exemple » et à dissuader. Morbide et pervers, il fascine les « curieux » et incite au voyeurisme, non à la réflexion morale ou au retour sur soi. Un système répressif qui endurcit les cœurs ne saurait constituer, aux yeux de l’auteur, une punition efficace.
Nous savons que Claude Gueux (1833) illustrera ce débat et qu’il débouche, pour Hugo, sur « le grand problème du peuple au XIX°siècle » : c’est à dire son éducation. Autant de questions qui traverseront son œuvre romanesque magistrale, Les Misérables (1862).
1° Année Bac Le Dernier Jour d’un Condamné commentaire composé du chapitre XVI
Écrit par Catherine Alvarez
La puissance de l’illusion
Puissance du rêve d’évasion s’impose à nous par l’irruption de systèmes modaux spécifiques :
les valeurs d’irréel du présent dans l’emploi du SI + imparfait suivi d’une proposition au conditionnel présent ( Si je m’évadais/ comme je courrais : proposition sous-entendue = mais je ne peux m’évader), signalant la force de l’instinct de survie capable de gommer, contre toute raison , les obstacles des murs. Cette impasse franchie grâce à la 1ère proposition hypothétique, le locuteur développe alors sans peine les valeurs potentielles du conditionnel simple (sans reprise de l’hypothèse SI+impft) : il ne faudrait (3)/ je me cacherais(11)/ je reprendrais, j’irais(11 à 13).
Pour renforcer cette illusion, emploi de présents achroniques ( fait regarder/ déguise/ portent) et d’une série infinitive ( marcher, tâcher). Un présent d’énonciation (je sais,
gomme encore la distance entre rêve et discours en train de se faire. L’échappée hors les murs est alors actualisée et vécue de l’intérieur du cachot par ces artifices verbaux. Il devient alors possible d’évoquer un passé heureux, celui d’avant la chute et l’incarcération (9 et 10) ; Comble de l’hallucination, les présents d’actualité : « j’arrive/ un gendarme passe ».
Le scénario de fuite est bien implanté dans un contexte spatio-temporel sur le plan du lexique. On progresse grâce aux noms de lieux : les maraîchers des environs/ Arcueil/ Vincennes/ la rivière/ Arpajon / Saint-Germain/ Le Havre/ l’Angleterre/ Longjumeau/ et aux indications de temps : tous les jeudis/ jusqu’au soir/ la nuit tombée/
Le dédoublement tragique d’une conscience lucide
Cependant parallèlement à ce rêve éveillé et dès le début du texte, des indices marquent que l’angoisse mine cette fiction consolante de l’évasion.
L’émotivité imprègne le discours du rêveur d’une manière inquiétante : les interjections (Oh l1, Ah l19), d’autres exclamations vives (Non l3 et 13, N’importe l16) et surtout le très grand nombre de phrases de modalité exclamative (environ une dizaine) démentent l’adhésion du locuteur à sa propre fiction, toujours menacée par un retour à la réalité.
De même, la structure du passage éclatée en 6 alinéas, la prépondérance d’une ponctuation heurtée (tirets, points de suspension, détachement de groupes courts par virgule) révèlent dans un phrasé haletant que le condamné lutte contre le temps : pas seulement le temps du fugitif pourchassé à l’intérieur du rêve, mais aussi le temps du rêveur aux abois traqué par sa conscience lucide.
Cette conscience lucide se fait entendre tout au long de l’extrait et non seulement dans les deux derniers alinéas : c’est la voix rationnelle qui s’élève dans le « Non » l 3 et 13, mais aussi dans l’irréel du passé l 14 « Il aurait mieux valu » et surtout qui provoque l’échec de l’évasion l 17 : « un gendarme passe…je suis perdu. » dans un véritable dialogue intérieur
Cette voix de la raison s’élève contre celle du cœur en forçant le narrateur à un retour à la réalité l 19 : ici le vocatif, la 2ème personne à l’impératif, rappelle définitivement à l’ordre le « malheureux rêveur » dans une tonalité tragique très marquée, en lui rappelant la présence du mur et l’imminence de la mort (imprécation l20). L’allusion ironique à la folie qui clôt le passage en termine une fois pour toutes avec l’illusion et laisse le prisonnier dans un amer désenchantement.
On peut conclure à la fonction pathétique de cet extrait au service de la représentation d’un état d’âme, celui du condamné à mort que rien ne peut tirer de son désespoir dans l’attente de son châtiment.
1° Année Bac - Le Dernier Jour d’un Condamné Questionnaire de lecture (sans l’œuvre)
1) Dans quelle prison est enfermé le condamné à mort ?
2) Sait-on pour quel(s) motif(s) cet homme est condamné ?
3) Á partir du jour de la condamnation combien de temps a-t-il eu à attendre avant d’être exécuté ?
4) Que décide-t-il de faire afin d’occuper son esprit ?
5) Á qui pense le condamné pendant son emprisonnement ? (précisément au chapitre IX)
6) Quelle langue le prisonnier découvre-t-il en prison ?
7) Donnez deux exemples de termes appartenant à cette langue.
8) Á quel spectacle assiste le condamné à mort ?
9) Qu’arrive-t-il à ce prisonnier pendant qu’il assiste à ce spectacle ?
10) Quand ils ne sont pas condamnés à mort, que deviennent les prisonniers condamnés à la prison à perpétuité ?
11) Le jour de sa condamnation, de qui reçoit-il la visite ?
12) Où le condamné est-il transféré ensuite ?
13) Donnez un synonyme du terme prison. (ce terme est employé par le narrateur lui-même)
14) Qui rencontre-t-il dans sa nouvelle prison ?
15) Quel objet le condamné lui donne-t-il ?
16) Que doivent obligatoirement présenter les forçats libérés aux forces de l’ordre ou à de futurs employeurs ?
17) Comment le condamné est-il exécuté ?
18) Où est-il exécuté ?
19) Qui peut assister à l’exécution ?
20) Que lui demande le deuxième gendarme qui le garde ?
21) Quelle est la dernière visite qu’il reçoit ?
22) Á quelle heure doit-il être exécuté ?
Répondez aux questions suivantes en développant vos réponses et en les justifiant par des éléments du livre.
1. Quelle est la thèse défendue par Victor Hugo dans ce livre ? (Soyez précis). (3 points)
2. Ce livre est-il seulement argumentatif ? Justifiez votre réponse. (3 points)
3. Pourquoi cette méthode argumentative touche-t-elle particulièrement le lecteur ? (Donnez des exemples précis qui illustrent la stratégie argumentative de l’auteur). (3 points)
4. Dans Le dernier jour d’un condamné, Victor Hugo nous présente de manière implicite certains arguments pouvant appuyer sa thèse. Formulez au moins trois de ces arguments. (3 points)
5. Pourquoi ce livre est-il préfacé par Robert Badinter dans l’édition du Livre de Poche ? (2 points)
6. Expliquez les trois passages suivants extraits de la préface de Victor Hugo :
1. « Pas de bourreau où le geôlier suffit. » (p.32) (2 points)
2. « Se venger est de l’individu, punir est de Dieu. (…) [ La société] ne doit pas « punir pour se venger » ; elle doit corriger pour améliorer. » (p.32) (2 points)
3. « Nous nions que le spectacle des supplices produise l’effet qu’on en attend. Loin d’édifier le peuple, il le démoralise, et ruine en lui toute sensibilité, partant toute vertu. » (p.33) (2 points)
Bonus : Expliquez pourquoi ce livre est toujours d’actualité.
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